Gioachino Rossini 

(1792-1868)

Si Rossini compte parmi les plus grands compositeurs du XIXe siècle, son nom évoque principalement l'opéra. Qui ne connait Le Barbier de SévilleLa CenerentolaLa Pie voleuseL'Italienne à AlgerLe Turc en Italie, Guillaume Tell ? Ses œuvres de musique sacrée, notamment un Stabat Mater  et une Petite messe solennelle composées dans ses dernières années de sa vie sont moins connues du grand public.

Sa prime jeunesse est assez bousculée car son père, Giuseppe Rossini, fervent partisan de la Révolution française, cumulant les fonctions de trompette de ville et d'inspecteur de boucherie à Pesaro, (ville alors située dans les États pontificaux où Rossini naquit le 29 février 1792), est évincé de ces postes en raison de ses idées révolutionnaires, doit fuir et se réfugier finalement à Bologne.

Inscrit à l’âge de quatorze ans au Liceo musical de Bologne, Gioachino étudie le chant et l’épinette, puis le contrepoint et le violoncelle, découvre avec passion les œuvres de  Haydn et de Mozart et, musicien précoce, écrit son premier opéra, « Demetrio e Polibio ». Entre 1810 et 1815 il n’écrit pas moins de dix opéras qui connaitront quelques beaux succès mais aussi parfois des échecs retentissants.

C’est avec le Barbier de Séville que Rossini entre dans la légende. À l'automne 1815, l'impresario du teatro Argentina, à Rome, propose à Rossini le livret du Barbier de Séville, comédie de  Beaumarchais que Giovanni Paisiello avait jadis mise en musique. Composé en quatorze jours seulement le Barbier, créé sous le titre d'Almaviva, reçoit un accueil houleux car de nombreux amis de Paisiello présents dans la salle, hostiles à Rossini et venus pour mener cabale, couvrent la musique de huées et de sifflets. Le lendemain, cependant, le public romain fait une ovation au Barbier et Rossini, en triomphateur, est reconduit chez lui à épaules d'hommes. S’ouvre alors pour Rossini une ère de suprématie complète telle qu’aucun musicien ne l’avait connue et ne devait la connaitre à cet âge.  

À l’automne 1823, après avoir donné à Naples sa Sémiramis, marié à une de ses interprètes la mezzo-soprano espagnole Isabella Colbran, Rossini déserte l’Italie, passe 6 mois en Angleterre où il gagne l'estime du roi Georges IV et une petite fortune, puis s’installe à Paris en Juillet 1824. Il y prend la direction du Théâtre Italien où la plupart de ses œuvres avait déjà rencontré le succès.

Après Le Voyage à Reims, opéra de circonstance écrit à l'occasion du sacre de Charles X, il compose sa dernière œuvre lyrique Guillaume Tell, opéra en quatre actes représenté à Paris le 3 août 1829 et  considéré comme l’œuvre qui pose les bases du « Grand opéra à la française ». 

Rossini n’a pas quarante ans quand il prend en quelque sorte congé de l’opéra et commence à mener une vie que l’on pourrait qualifier d’heureuse retraite. Il voyage en Europe, et se réinstalle pour un temps à Bologne. En butte à l’hostilité de ses compatriotes lors des mouvements révolutionnaires qui secouent l'Italie en 1847, il quitte Bologne pour Florence, et finalement retrouve la France en 1848, où, avec sa seconde femme Olympe Pelissier, épousée en 1846, il mène une vie agréable, partagée entre son appartement de la Chaussée d’Antin et sa maison de campagne à Passy. Toute l’Europe littéraire et artistique défile dans son salon sans que cette gloire altère sa malicieuse bonhomie. 

Rossini se consacre alors à la composition de mélodiesmusique sacrée et musique instrumentale, pour son seul plaisir et celui de son entourage : le Stabat Mater, écrit entre 1831 et 1841, les Péchés de vieillesse  et la Petite Messe Solennelle exécutée en 1864. Considéré comme une gloire musicale française, c'est à lui que revient la mission de composer l'Hymne à Napoléon III et à son vaillant peuple, qui clôture l'Exposition universelle de 1867.

Il meurt à Passy  le vendredi 13 novembre 1868 et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Son corps ne sera ramené en Italie qu’en 1887, pour reposer dans la basilique Santa Croce, à Florence. Rossini a légué tous ses biens à sa ville natale, Pesaro, dans laquelle un important conservatoire à son nom forme de nouveaux talents.

Rossini, homme aux mille facettes, est décrit dans ses nombreuses biographies aussi bien comme hypocondriaque, colérique, sujet à de profondes dépressions, que joyeux, bon vivant, amoureux de la bonne chère et des belles femmes. Il est aussi souvent qualifié de paresseux, alors que sa production musicale finalement se révèle incomparable. 

Grand amateur de gastronomie fine et de vins rares — sa cave était légendaire-, il avait sa table attitrée à La Tour d'Argent, chez Bofinger et à la Maison dorée, dont le chef, Casimir Moisson, aurait dédié au compositeur une création, le tournedos Rossini. Il est également l'auteur d'un Livre de cuisine. Doté d'un grand sens de l'humour, il n’hésitait pas à brocarder ses contemporains,  interprètes ou compositeurs ; ainsi, alors qu’il jouait un jour au piano une partition de  Wagner et n'en tirait que des sons cacophoniques, un de ses élèves lui dit : « Maestro, vous tenez la partition à l'envers ! », ce à quoi Rossini répondit : « J'ai essayé en la mettant dans l'autre sens : c'était pire ! »  

Stendhal, qui écrivit la biographie de ce compositeur âgé alors de trente-et-un an seulement, (ce qui laisse imaginer sa célébrité), dit de lui qu’il fut « un homme à envier » et dans sa préface, affirme : « Je le respecte infiniment, et bien autrement, par exemple que tel grand seigneur envié. Le seigneur a gagné un gros lot en argent à la loterie de la nature, lui y a gagné un nom qui ne peut plus périr, du génie et surtout du bonheur ». 

E.J.   

© 2020 par François Bibonne

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